La dérivation de la rivière Churchill

Le bassin de la rivière Churchill s’étend sur environ 283 350 kilomètres carrés (km2). Il se trouve au nord des bassins du fleuve Nelson et de la rivière Saskatchewan; son cours supérieur traverse le centre-est de l’Alberta, près du bassin de l’Athabasca, au nord et à l’ouest. La rivière Churchill traverse la province de la Saskatchewan vers l’est, à environ 240 km au nord de la rivière Saskatchewan. Au Manitoba, elle coule vers le nord-est en suivant plus ou moins le fleuve Nelson, à environ 160 km de celui-ci.

Le potentiel hydro-électrique de la section de la rivière Churchill à l’intérieur des frontières manitobaines dépasse 3 millions de kilowatts (kW). Et pourtant, plutôt qu’exploiter directement ce potentiel en construisant des centrales sur la rivière Churchill, il y a d’énormes avantages économiques à faire dériver une partie de l’eau vers le réseau de la rivière Burntwood et du fleuve Nelson pour l’exploiter avec les centrales construites sur le fleuve Nelson. Cette dérivation de la rivière Churchill permet de réaliser une économie de plus de 600 millions de dollars par rapport à la construction de centrales sur cette même rivière.

À l’issue d’études provinciales fédérales conjointes, Manitoba Hydro a annoncé en février 1966 son intention de faire dériver la rivière Churchill, dans le cadre du plan global d’aménagement hydro-électrique du Nord. En décembre 1972, Manitoba Hydro a reçu le feu vert de la Direction des ressources hydriques du ministère des Mines, des Ressources et de la Gestion environnementale du Manitoba. Les contrats de construction ont été accordés en 1973 et la dérivation est exploitée depuis 1977.

Le plan de dérivation

Le centre de la dérivation se trouve au lac Southern Indian, un endroit où la rivière Churchill s’élargit. Elle comporte trois éléments principaux :

  1. Le barrage de régulation des rapides Missi qui constituent l’embouchure naturelle du lac Southern Indian. Ce barrage régularise le débit sortant et hausse le niveau du lac de trois mètres;
  2. Un canal creusé entre South Bay du lac Southern Indian et le lac Isset dérive le courant jusqu’au réseau des rivières Rat et Burntwood et du fleuve Nelson;
  3. Le barrage de régulation de Notigi, sur la rivière Rat, régularise le débit d’eau qui se jette dans le réseau de la rivière Burntwood et du fleuve Nelson.

À son origine, le plan prévoyait hausser le niveau d’eau du lac Southern Indian de 10,6 mètres (m). Cependant, cette « importante dérivation » aurait nécessité le déménagement vers les hautes terres de nombreux habitants de la région (y compris la localité de South Indian Lake en entier). Pour cette raison, et aussi à cause des préoccupations environnementales, on a modifié le plan pour augmenter le niveau du lac de trois mètres au plus.

L’autorisation accordée à Manitoba Hydro lui permet de faire passer un débit maximal de 850 mètres cubes par seconde (m3/s) de la rivière Churchill au fleuve Nelson. Elle stipule aussi que le débit du barrage de régulation des rapides Missi doit atteindre au moins 14 m3/s pendant la saison des eaux libres et 43 m3/s quand la glace s’y trouve.

Par le passé, le débit sortant du lac Southern Indian variait entre 566 et 1 982 m3/s, avec une moyenne de 991 m3/s. En aval des rapides Missi, des affluents augmentent le débit naturel de la rivière Churchill, à environ 1 274 m3/s dans la baie d’Hudson. Avec la dérivation, le débit moyen provenant de la rivière Churchill dans la baie est réduit à 510 m3/s.

L’eau dérivée de la rivière Churchill peut être utilisée par quatre centrales sur la rivière Burntwood (potentiel total dépassant 700 000 kW) et par sept centrales sur le fleuve Nelson, en aval du lac Split, ce qui ajoute près de 2 000 000 kilowatts au potentiel hydro-électrique du bas Nelson.

Au total, cette dérivation a coûté 220,5 millions de dollars, dont 20 % ont été utilisés à des fins environnementales telles que le déboisement et les travaux d’atténuation en aval.

Les effets sur l’environnement

La dérivation a modifié l’environnement de la partie inférieure de la rivière Churchill et celui des régions qui longent le trajet de dérivation. Manitoba Hydro, souvent en collaboration avec la Province du Manitoba et le gouvernement fédéral, a mis en œuvre des programmes et a signé des ententes de dédommagement visant les collectivités touchées et les groupes d’utilisateurs des ressources en vue de remédier aux répercussions négatives de la dérivation.

La surveillance environnementale de tous les cours d’eau touchés par la dérivation se poursuit toujours. La dérivation a modifié le rivage du lac Southern Indian et de certains endroits en amont et en aval de l’ouvrage régulateur de Notigi. Les effets principaux de l’inondation sont la perte de régions boisées et de marécages (habitats d’animaux sauvages et terres de piégeage), la fonte du pergélisol et des changements dans les cycles de pêche commerciale.

En 1971, les gouvernements du Canada et du Manitoba ont lancé une étude portant sur le lac Winnipeg, la rivière Churchill et le fleuve Nelson en vue d’analyser à fond toutes les conséquences sociologiques, économiques et écologiques de l’exploitation des ressources du nord du Manitoba, et de proposer des changements au projet, des mesures de compensation et des travaux d’atténuation. Le comité d’étude, dont le budget était de 2 millions de dollars, a présenté un rapport monumental en 13 volumes le 20 juin 1975. Depuis, Manitoba Hydro a mis en œuvre de nombreuses recommandations contenues dans le rapport. Les plus urgentes ont d’ailleurs été mises en œuvre avant la fin du mandat de trois ans du comité.

Le comité a étudié, entre autres, les effets de la dérivation sur les localités de Thompson, Churchill et Nelson House. À Thompson, il a fallu modifier le système de prise d’eau de la ville et rebâtir la base d’hydravions après la hausse du niveau de la rivière Burntwood. À Churchill, la baisse du niveau a forcé des changements aux prises d’eau; cependant, cette baisse pourrait produire une situation avantageuse en prolongeant de 15 jours la période où le port est libre de glace. Pour Nelson House, un programme en plusieurs points a été élaboré pour compenser l’inondation possible d’environ 809 hectares de la réserve indienne.